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En 2021, la mode est-elle vraiment inclusive?

Depuis quelques années, le devoir de la mode inclusive fait jour dans le monde de la beauté et du luxe. Sous la pression d’une génération montante, en attente de marques sociales responsables et représentatifs de l’humanité dans sa diversité, le secteur bouscule ses propres codes et multiplie les audaces.

Le Vogue américain a sorti son numéro de janvier

Quatre couvertures au choix, dont une qui fait le buzz: on y voit Paloma Elsesser, mannequin américain de «grande taille» dans une pose sensuelle, assumée. Le mois précédent, ce fut un homme seul, une première pour le titre, avec le chanteur star Harry Styles, vêtu d’une robe de bal Gucci. Que le magazine de mode le plus puissant au monde finisse et commence avec ce genre de Unes, voilà qui démontre que la mode s’est plus que jamais remise en question cette année, et souhaite un nouveau départ plus exemplaire. «Nouveau départ, nouveau monde», titre fièrement le Vogue US – et dans ce «nouveau monde», il est certain que les questions de diversité et d’inclusivité seront centrales.

 Une résurrection

Il s’agit de considérer tout le monde de la même façon, et de donner à chacun une visibilité bien réelle. Et dans le secteur de la mode, nous savons tous que ce ne fut pas toujours le cas. Les mannequins filiformes, et on pourrait rajouter de peau blanche, sont encore très majoritaires dans le secteur. Le souci de l’inclusivité remonte à bien plus longtemps. Jean-Paul Gaultier et John Galliano affirmaient déjà dans plusieurs de leurs défilés mythiques que «la mode venait bien de la rue». Ces deux dernières années, les mannequins de peau noire, de plus en plus de nombreuses sur les podiums, sont devenues des it-girls très demandées.  Cette évolution marque le début d’un cheminement vers l’acceptation de la diversité humaine au sens large; les filles avec des problèmes de peaux, comme la mannequin Winnie Harlow atteinte de vitiligo, ou plus récemment les femmes «size plus» en sont de bons exemples.

Atteinte de vitiligo, la mannequin Winnie Harlow est aujourd’hui l’égérie des plus grandes marques internationales

Mais la mode inclusive ne consiste pas seulement à choisir comme égérie une femme de peau noire ou une métisse

Il s’agit aussi d’adapter son discours: comprendre son grain de peau ou son type de cheveux, pour lui donner les meilleurs conseils; c’est aussi bien sûr que son salaire soit égal à celui de ses consoeurs. Pour y parvenir, on assiste à un début d’organisation en octobre, avec la création au Royaume-Uni de la «Fashion Minority Alliance», qui vise à évaluer et à défendre toutes les minorités dans le milieu de la mode. Son manifeste est clair: «Veiller à ce que l’intersectionnalité de toutes nos différences soit transformée de manière positive, responsable, durable et à long terme dans notre industrie.»

Rihanna avait lancé le mouvement, assez seule, avec sa marque Fenty, rachetée depuis par le groupe LVMH, en finir du maquillage pour tout type de peau, à travers nuances de fonds de teint par exemple, et une ligne de lingerie pour tout type de morphologie, jusqu’à les faire poser et défiler, dans de véritables spectacles. Parallèlement, on note qu’un autre spectacle de lingerie célébrissime, celui de Victoria’s Secret, n’a pas eu lieu. Signe des temps? Les anges de Victoria’s Secret seraient-ils trop loin de la réalité? Certainement, car le chamboulement de n’a fait qu’accélérer les choses. Avoir le sentiment d’appartenir à un groupe, une communauté, une marque de mode et pouvoir plus que tout s’identifier… voici les nouvelles attentes des consommatrices. En beauté, MAC, Sephora ou même Dior ont emboîté le pas à Fenty Beauty.

Pour les nouvelles campagnes de l’été, qui vont commencer à déferler dans les magazines, autant le prêt-à-porter que l’univers de la lingerie propose plus que jamais des femmes différentes, d’Etam à Ysé, de H&M à Fendi . Elles pourraient être nos soeurs, nos voisines, nos collègues… Quelque a choisi un changé et s’est définitivement installé. On ne pourra plus désormais plus considérer une marque et ses produits sans vraiment se demander si elle nous représente ou représente le monde dans lequel on vit.

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Photo by Bianca Salgado on Pexels.com

Certaines influenceuses poussent le concept un peu plus loin encore.

L’Américaine Natasha Polis a demandé pour Halloween,à ses amies instagrammeuses, à poser en héroïnes Disney PlusSizePrincessProject malgré leurs mensurations. Afin de justifier de manifester le manque de diversité dans plusieurs domaines confondus, comme le cinéma.

Même dans les grandes maisons de luxe, les choses bougent, peut-être un peu plus cette année. Quand Louis Vuitton fait appel pour ses défilés et plus que jamais, à des mannequins jouant entre féminité et masculinité, quand Gucci dans sa minisérie coréalisée avec Gus Van Sant et dévoilée en novembre dernier. Choisit comme personnage principal l’artiste au corps androgyne Silvia Calderoni… Pour d’autres, il est question de demander à son entourage de venir défiler, comme chez Xuly Bët ou Koché, afin de voir de «vrais gens» dans de «vrais vêtements».

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Photo by Jennifer Enujiugha on Pexels.com

Côté mannequin

Jill Kortleve et Paloma Elsesser sont bien les tops de l’année… Elles sont rondes, ont des courbes et représentent surtout l’image du «body positive». La silhouette Chanel que l’on retient pour l’été: le pantalon ample rose avec sa brassière noire, porté par Jill, qu’on retrouve d’ailleurs dans des looks phares chez Valentino, Fendi, Alexander McQueen ou encore Coperni. Tout comme Paloma Elsesser, avec son allure de femme fatale chez Fendi ou Versace. Jusqu’à la couverture du Vogue US de janvier.

Bien sûr qu’il y a là un effet de tendance. Ces mannequins ont de bons agents qui les placent aux bons endroits. Mais cela serait aussi nier que le mouvement de fond est entamé. Ne pas être inclusif sur un défilé est aujourd’hui risqué, critiquable, nuisible. Pour une marque ou une grande maison, qui vise comme futurs consommateurs les «rafraîchisseurs» ces jeunes qui prennent conscience des enjeux du futur et des changements sociétaux, être inclusif est devenu une nécessité.

Paloma Elsesser,

Il ne sera plus possible de faire marche arrière

Les mannequins avec des jambes longues ont autant de place sur les podiums que les quidams, femmes ou hommes, de tous types de peaux, de corps, de morphologies et de genres. Prendre en compte à tous les niveaux leurs différences et proposer le même type de service, d’habillement ou de salaire est bien la prochaine étape. 

La mode inclusive est en marche, ou serait-ce tout simplement un regain d’humanité?